Frank Scherrer

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Le texte de Morphostone

L’art de renouveler son regard sur les blocs après avoir grimpé de longues années en forêt de Fontainebleau

La magie du lieu m’a saisi très tôt. Enfant, j’ai cavalé dans les sentiers, grimpé, sauté de rocher en rocher, dévalé les pentes glissantes d’épines de pins, bref, je m’y suis défoulé en vrac. Tout en énergie et pourtant déjà sensible à la beauté de certains lieux, aux odeurs de nature et au toucher du grès râpeux.

Vers 15 ans, avec les cadets du CAF, je redécouvre Fontainebleau sous l’angle aigu de l’escalade sur gratons avec des flèches, des niveaux, le train de 8h23 gare de Lyon et l’heure de marche d’approche pour atteindre les massifs. Et comme tout le monde j’ai fini par croiser l’éléphant de l’Eléphant et celui de Barbizon. J’ai vu le bilboquet du Cul de Chien et la tortue du Rocher de la Tortue. Soit, il n’y avait pas là de quoi me détourner de mes ambitions verticales. Une petite photo de la mer de sable et du bilboquet parce que quand même, à 50 km de Paris, quel dépaysement ma bonne dame et c’est tout !

Bien plus tard, ayant à peu près écumé ce que je pouvais faire dans les massifs et aussi par goût de la découverte je suis parti (comme beaucoup d’autres) à la recherche de nouveaux blocs et de nouveaux passages dans des endroits moins courus. Et là, au fil de mes divagations le long des affleurements gréseux, j’ai commencé à faire de jolies rencontres. Des monstres en pagaille, des animaux, des visages furtivement entrevus, selon les formes du grès et la complicité de la lumière. Mais pas le temps de s’arrêter, le Graal mesurait entre 4 et 6 mètres de haut, la ligne devait être pure et l’escalade dure juste comme il fallait pour que ça résiste (oui mais pas trop) !

Encore quelques années et mes coudes demandent grâce avec des arguments dont il me faut bien tenir compte. L’heure a sonné d’aller voir d’un peu plus près ces trésors entrevus. Me voici donc parcourant la forêt l’appareil photo autour du cou, prêt à capturer toutes les évocations minérales. C’est « le serpent » qui m’a mis le pied à l’étrier. Sa vérité saisissante m’a convaincu qu’il fallait creuser le sujet et qu’il devait y avoir encore beaucoup à découvrir. Lors de mes premières balades consacrées à cette recherche, j’ai été assez chanceux et à chaque nouvelle trouvaille, je restais partagé entre étonnement et émerveillement devant les malices de la nature. Et ça reste vrai aujourd’hui.

En plus du plaisir de la randonnée et de cette espèce de chasse au bloc, viens le moment de la photo. Il faut trouver le bon angle, ne pas avoir de parasitage dans le champ, assez de lumière etc. Même si le sujet ne bouge pas, ce n’est pas toujours facile à réaliser. Parfois, la créature est évidente à l’œil mais très difficile à rendre en photo, parfois c’est l’inverse. Ensuite, quand on montre ses clichés, c’est drôle de constater ce que chacun peut y voir. Là où certains voient une vache, d’autres verront un ours ou un chien, chacun tentant de faire valoir son point de vue.

Si le jeu vous tente, vous pourrez exploiter une de ces journées où il fait beau mais où vos doigts refusent toute collaboration. Ca peut se partager en famille. Les enfants adorent et ont une imagination débordante pour peu que vous sachiez les chauffer un peu. Devant un bloc particulièrement évocateur, préparez vous à devoir répondre à quelques questions du genre : est-ce que c’est fait exprès la forme du rocher ? Qui l’a fait ? Etc.

Et vous finirez peut-être par vous interroger sur les origines de nos représentations des monstres ou sur la probabilité pour qu’un rocher ressemble tant à un lion ou à un serpent plutôt qu’à rien du tout… Enfin vous penserez probablement à tout ce que nous ne voyons pas et qui est là sous nos yeux. Question d’angle, de lumière et de regard.

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